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Cours
Chapitre 2

Méthodes physiques d'analyse
d'un système chimique

pH · Absorbance · Conductance et conductivité · Volume d'un gaz · Dilution
Spécialité Physique-Chimie — Terminale
Sommaire
  1. TP introductif — Contrôle de qualité par dosage par étalonnage
  2. Les grandeurs physiques permettant d'analyser un système chimique
  3. Le pH d'une solution aqueuse
  4. L'absorbance d'une solution — spectrophotométrie et loi de Beer-Lambert
  5. La conductance et la conductivité d'une solution — loi de Kohlrausch
  6. Le volume d'un gaz — équation d'état des gaz parfaits
  7. Rappels sur la dilution

TP — Contrôle de qualité par un dosage par étalonnage

Énoncé

À la pharmacie, on trouve 250 mL de solution de Dakin (colorée). Cette solution comporte du permanganate de potassium, de formule KMnO₄.

Objectif : déterminer la masse de KMnO₄ dans le flacon de Dakin, par un dosage par étalonnage utilisant l'absorbance de la solution.

Rappel — Qu'est-ce que l'absorbance ?

Lorsqu'une lumière blanche (contenant toutes les couleurs) traverse une solution colorée, la solution absorbe une partie des radiations lumineuses : elle absorbe la couleur complémentaire de la couleur qu'elle nous renvoie. Par exemple, une solution magenta absorbe la lumière verte : c'est cette absorption qui donne sa couleur à la solution.

rouge jaune vert cyan bleu magenta
Cercle chromatique — chaque couleur est diamétralement opposée à sa complémentaire
(ex. le vert est complémentaire du magenta)
À retenir — Transmittance et absorbance
T = I / I₀
Ttransmittance de la solution (sans unité, 0 ≤ T ≤ 1)
I₀intensité lumineuse incidente (avant la cuve)
Iintensité lumineuse transmise (après la cuve)
A = − log(T) = log(I₀ / I)
Aabsorbance de la solution (sans unité)
Point de vigilance
La transmittance T est le rapport I/I₀ (et non un logarithme), et l'absorbance A n'est pas égale à « 1 − T » : elle se calcule par A = −log(T). Ces deux grandeurs sont liées par une relation logarithmique, ce qui permet à l'absorbance de rester proportionnelle à la concentration même pour des solutions très colorées.

Plus une solution absorbe la lumière (peu de lumière transmise, I proche de 0), plus son absorbance A est grande.

Spectre d'absorption et longueur d'onde complémentaire

Le spectre d'absorption d'une espèce colorée représente l'absorbance A en fonction de la longueur d'onde λ de la lumière incidente. Il présente un maximum d'absorbance Amax pour une longueur d'onde particulière, appelée longueur d'onde complémentaire λcomplémentaire : c'est la longueur d'onde de la couleur absorbée par la solution (donc la complémentaire de la couleur perçue). C'est à cette longueur d'onde que les mesures de dosage sont les plus précises.

Absorbance λ (nm) 400 550 700 Amax λ complémentaire (vert)
Spectre d'absorption d'une espèce colorée — l'absorbance passe par un maximum Amax à la longueur d'onde λcomplémentaire
Loi de Beer-Lambert
A = k × C = ε × l × C
Aabsorbance de la solution (sans unité)
kcoefficient directeur de la droite A = f(C), en L.mol⁻¹ (à λ et l fixées)
εcoefficient d'extinction molaire, en L.mol⁻¹.cm⁻¹
llargeur de la cuve traversée, en cm
Cconcentration molaire de l'espèce colorée, en mol.L⁻¹

Le coefficient ε dépend de la nature du soluté coloré, de la longueur d'onde choisie et de la température ; il caractérise l'aptitude d'une espèce à absorber la lumière à une longueur d'onde donnée. Le coefficient k, lui, se lit comme le coefficient directeur de la droite d'étalonnage A = f(C) obtenue expérimentalement : k = ΔA / ΔC.

Domaine de validité
La loi de Beer-Lambert n'est valable que pour des solutions suffisamment diluées (typiquement A < 1 à 2) et pour un rayonnement monochromatique. Au-delà, la relation A = k×C cesse d'être linéaire.

Utilisation du spectrophotomètre — méthode de l'échelle de teintes

1
Régler l'appareil sur la longueur d'onde complémentaire λcomplémentaire de la solution étudiée.
2
Faire le « blanc » : mesurer l'absorbance du solvant seul (eau distillée) pour la régler à zéro.
3
Réaliser une échelle de teintes par dilutions successives d'une solution mère de concentration connue, puis mesurer l'absorbance de chaque solution fille.

À partir d'une solution de permanganate de potassium de concentration connue C₀, on prépare une échelle de teintes par dilutions successives :

SolutionS1S2S3S4S5
Facteur de dilution F = Vfille/VmèreF1F2F3F4F5
Cfille = C₀/FC₀/F1C₀/F2C₀/F3C₀/F4C₀/F5
Absorbance mesurée A
Exploitation — courbe d'étalonnage
  1. Tracer le nuage de points A = f(C) à partir des mesures de l'échelle de teintes : les points sont alignés (droite passant par l'origine), conformément à la loi de Beer-Lambert.
  2. Mesurer l'absorbance ADakin de la solution de Dakin (éventuellement diluée si son absorbance dépasse celle de l'échelle de teintes).
  3. Par lecture graphique (ou régression linéaire) sur la courbe d'étalonnage, déterminer la concentration C(KMnO₄) correspondant à ADakin.
  4. En déduire la masse de permanganate de potassium dans le flacon : m = C × V × M, avec V le volume total de la solution de Dakin et M la masse molaire de KMnO₄.

I. Les grandeurs physiques permettant d'analyser un système chimique

Le pH, l'absorbance A et la conductance G (ou la conductivité σ) d'une solution, ainsi que le volume V d'un gaz, sont des grandeurs physiques mesurables qui permettent de suivre l'évolution d'un système chimique et d'en déterminer la composition.

A. Le pH d'une solution aqueuse

Le pH d'une solution aqueuse est lié à la concentration en ions oxonium H₃O⁺ qu'elle contient : plus la concentration en ions oxonium est importante, plus le pH est faible.

Définition du pH
pH = − log ( [H₃O⁺] / C⁰ )
[H₃O⁺]concentration en ions oxonium, en mol.L⁻¹
C⁰concentration standard de référence, C⁰ = 1 mol.L⁻¹
[H₃O⁺] = C⁰ × 10⁻ᵖᴴ = 10⁻ᵖᴴ mol.L⁻¹
Exemple
Une solution de pH = 3,0 contient une concentration en ions oxonium [H₃O⁺] = 10⁻³ mol.L⁻¹, soit 10 000 fois plus qu'une solution de pH = 7,0 ([H₃O⁺] = 10⁻⁷ mol.L⁻¹).

B. L'absorbance d'une solution

La loi de Beer-Lambert énonce que l'absorbance A d'une solution, mesurable avec un spectrophotomètre, est proportionnelle à la concentration de la ou des espèces colorées qu'elle contient (voir démonstration détaillée dans le TP ci-dessus).

À retenir
A = k × C
À une longueur d'onde donnée et pour une cuve de largeur fixée, l'absorbance d'une solution colorée est proportionnelle à sa concentration en espèce colorée. Le coefficient k dépend du soluté, de la longueur d'onde choisie et de la largeur de la cuve.

L'absorbance mesure la capacité de la solution à absorber la lumière qui la traverse ; elle n'a pas d'unité.

C. La conductance et la conductivité d'une solution

La loi de Kohlrausch énonce que la conductance G et la conductivité σ d'une solution augmentent avec les concentrations des ions qu'elle contient.

La conductance G représente la capacité d'une solution à laisser passer un courant électrique. Elle est l'inverse de la résistance électrique R de la solution, se mesure avec un conductimètre et s'exprime en siemens (S).

Conductance
G = 1 / R
Gconductance, en siemens (S)
Rrésistance électrique, en ohms (Ω)

La conductance G d'une solution est égale au produit du facteur de cellule (rapport de la surface S des électrodes sur la distance L qui les sépare) par la conductivité σ de la solution, exprimée en siemens par mètre (S.m⁻¹).

Relation conductance – conductivité
G = (S / L) × σ
Gconductance, en S
Ssurface des électrodes, en m²
Ldistance entre les électrodes, en m
σconductivité de la solution, en S.m⁻¹
L S Électrode Électrode Solution à analyser
Dispositif de mesure de la conductance — cellule à deux électrodes de surface S, séparées d'une distance L
Conseil pratique
Pour calculer la conductivité d'une solution, les concentrations des ions doivent être exprimées en moles par mètre cube (mol.m⁻³). Or elles sont souvent données en moles par litre (mol.L⁻¹) : il faut donc les convertir avec la règle suivante :
C (mol.m⁻³) = C (mol.L⁻¹) × 10³   car   1 L = 10⁻³ m³

La conductivité σ d'une solution est égale à la somme des contributions de chaque ion présent. La contribution d'un ion est égale au produit de sa conductivité molaire ionique λ (en S.m².mol⁻¹) par sa concentration.

Loi de Kohlrausch
σ = Σᵢ λᵢ [Xᵢ]
σconductivité de la solution, en S.m⁻¹
Σsomme sur tous les ions présents en solution
λᵢconductivité molaire ionique de l'ion i, en S.m².mol⁻¹
[Xᵢ]concentration de l'ion i, en mol.m⁻³
soit, pour deux ions : σ = λ₁[C₁] + λ₂[C₂] + …
Remarque
La conductivité σ est proportionnelle à la concentration de la solution étudiée : si la concentration augmente, la conductivité augmente, et donc la conductance G aussi. La loi de Kohlrausch n'est valable que pour des solutions dont la concentration est inférieure à 10⁻² mol.L⁻¹ (solutions diluées).

D. Le volume d'un gaz

L'équation d'état des gaz parfaits montre qu'à pression et température données, le volume V d'un gaz est proportionnel à sa quantité de matière n.

Équation d'état des gaz parfaits
P × V = n × R × T
Ppression, en Pa
Vvolume, en m³
nquantité de matière, en mol
Rconstante des gaz parfaits, R = 8,314 J.mol⁻¹.K⁻¹
Ttempérature, en kelvin (K)
T(K) = θ(°C) + 273,15
Rappel — volume molaire
ngaz = Vgaz / Vm
nquantité de matière de gaz, en mol
Vgazvolume de gaz, en L
Vmvolume molaire, en L.mol⁻¹
À θ = 0 °C et P = 1 bar : Vm = 22,4 L.mol⁻¹
À θ = 25 °C et P = 1 bar : Vm = 24,5 L.mol⁻¹

E. Rappels sur la dilution

Diluer une solution consiste à en diminuer la concentration en ajoutant du solvant, sans changer la quantité de matière de soluté dissous. On peut illustrer ce principe avec un sirop que l'on dilue dans l'eau : la quantité de sirop ne change pas, seul son volume total (et donc sa concentration) est modifié.

Solution mère
(concentrée)
+ eau →
Solution fille
(diluée)
Conservation de la quantité de matière
nmère = nfille
On en déduit la relation liant les concentrations et les volumes des solutions mère et fille :
Cm × Vm = Cf × Vf
Cm / Cf = Vf / Vm = F
Cm, Vmconcentration et volume de la solution mère
Cf, Vfconcentration et volume de la solution fille
Ffacteur de dilution (F > 1)
soit Cf = Cm / F   et   Vm = Vf / F
Protocole de dilution
  1. Prélever un volume Vm de la solution mère à l'aide d'une pipette jaugée (munie d'une propipette).
  2. Introduire ce prélèvement dans une fiole jaugée de volume Vf.
  3. Compléter avec de l'eau distillée jusqu'au trait de jauge.
  4. Boucher puis agiter (retourner plusieurs fois) pour homogénéiser la solution.
Exemple d'application
Pour préparer 100 mL d'une solution fille 10 fois moins concentrée que la solution mère (F = 10), on prélève Vm = Vf/F = 100/10 = 10 mL de solution mère à la pipette jaugée, que l'on introduit dans une fiole jaugée de 100 mL complétée avec de l'eau distillée.